Sortant de sa cellule pour aller à l’échafaud, Nodier trébucha sur le pas de la porte. « Mauvais présage dit-il ! Un romain serait rentré chez lui ! » Je me suis dit la même chose en voya
nt le métro me filer sous le nez. J’avais déjà refermé trop vivement mon parapluie et toute l’eau de sa
toile s’était répandue dans mon cartable où je le range. Mon seul coup de chance c’est que j’ai oublié mes médicaments pour traiter cette foutue grippe qui me tenaille le ventre et les bronches.
Donc ils ne sont pas noyés. Mais j’ai oublié mes médocs. Un romain serait rentré chez lui. Ce mardi c’était pourtant la journée où tout allait s’accélérer au PS à propos du référendum et du traité
de Lisbonne. Comédie en trois actes à l’assemblée nationale, un au sénat, le dernier à Solferino. Me voila donc en retard à la conférence de presse du Comite national pour un référendum qui ouvre
la matinée, au bureau numéro 5 de l’Assemblée Nationale. Heureusement Yves Salesse a pris en main la présidence de la tribune, Marie Georges Buffet a commencé une belle présentation de la situation
et les choses sont allées à leur rythme sans dégâts. Alain Krivine était encore plus en retard que moi. Et François Delapierre de même. Ca rend nerveux. Du coup j’ai mangé la consigne de
transmettre le salut de José Bové que j’avais eu au téléphone la veille et qui est dans son coin de campagne pour refaire ses forces après sa belle victoire sur les OGM. Un romain serait rentré
chez lui. La matinée a réellement commencé à se déboutonner quand on a appris le résultat du vote de la motion référendaire présentée par les communistes à l’assemblée : 146 voix pour, 165
contre ! Incroyable ! Un écart aussi serré n’était pas prévu ! La droite a eu chaud ! Le débat a parait-il été très riche et on m’a recommandé de lire l’intervention du
socialiste landais Alain Vidalies qui est parait-il très bien argumentée. Je transmets le conseil.
Quand arrive l’heure du bureau national du parti, tout le monde est déjà mort de fatigue et
assommé d’ennui à l’idée de répéter ses arguments pour la troisième ou quatrième fois de la journée devant des interlocuteurs qui les ont déjà entendus autant de fois. Plus personne ne peut plus
convaincre qui que ce soit. Hollande propose une trêve des arguments et des débats. Il sait que le boycott est mort. Pas la peine de l’enterrer une nouvelle fois. Il manque vraiment beaucoup de
monde à ce bureau national…. Bons camarades nous épargnons à Hollande l’humiliation d’avoir à revenir sur sa position. A quoi bon ? Pour le reste autant fermer le ban avec
discrétion. Il sait que l’abstention est une façade. Pourtant, "il prend acte" que c’est la position qui a été retenue. Les sénateurs socialistes présents tordent le nez. Point. En version
sous titrée : « que chacun fasse comme il le sent, et qu’on arrête le massacre ». On passe soudain au point suivant de l’ordre du jour. A Versailles, pour le congrès,
un par un, chacun pour soi, chaque parlementaire socialiste votera en conscience. Comme il le sent. Un sénateur avait rappelé la phrase d’un illustre radical : « quand on s’est mis
dans une seringue, on ne peut sortir que par le trou de l’aiguille, à quel endroit, et dans quel état ! » Je n’y tiens pas. Je voterai non à la réforme de la
Constitution et non au traité dans tous les cas. Et comme moi, nombre d’autres socialistes.
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