CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 21 décembre 2007.
(Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration
générale de la République, à défaut de constitution d’une commission spéciale
dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)
PAR M. PATRICKBRAOUEZEC, MME MARIE-HÉLÈNE AMIABLE,
MM. FRANÇOIS ASENSI, ALAIN BOCQUET, JEAN-PIERRE BRARD,
MME MARIE-GEORGE BUFFET, MM. JEAN-JACQUES CANDELIER,
ANDRÉ CHASSAIGNE, JACQUES DESALLANGRE, MME JACQUELINE
FRAYSSE, MM. ANDRÉ GERIN, PIERRE GOSNAT, MAXIME
GREMETZ, JEAN-PAUL LECOQ, ROLAND MUZEAU, DANIEL PAUL,
JEAN-CLAUDE SANDRIER et MICHEL VAXÈS,
Le 13 décembre 2007, les vingt-sept chefs d’État et de
gouvernement de l’Union européenne ont signé à Lisbonne le
nouveau traité modifié sur l’Union européenne. Ce nouveau
traité fait suite au Traité établissant une Constitution pour
l’Europe (TCE) qu’avaient rejeté, par voie référendaire, les
électeurs français le 29 mai et hollandais le 1er juin 2005,
respectivement par 54,7 et 61,5 % des voix.
Malgré ce rejet, le Conseil européen, qui réunit l’ensemble
des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union, a décidé fin
juin, de convoquer une Conférence intergouvernementale (CIG)
chargée de rédiger un « traité modificatif ». La CIG a mené ses
travaux conformément au mandat détaillé du Conseil européen.
Une version provisoire du traité modificatif a été présentée, par
la présidence portugaise de l’Union, lors de l’ouverture formelle
de la CIG le 23 juillet dernier; puis le sommet des chefs d’État et
de gouvernement a adopté le projet final le 18 octobre 2007. Les
chefs d’État et de gouvernements ont décidé, qu’à la différence
du TCE, ce traité modifié sera soumis à la ratification des
membres de l’Union européenne par voie parlementaire, à
Mais en réalité, le texte dit modifié est à plus de 90 % identique
au Traité constitutionnel de 2004, rejeté en 2005 par les
peuples français et néerlandais. Il reprend sous d’autres formes les
points essentiels du Traité constitutionnel. La modification se
trouve essentiellement dans le fait que sont retirées de nombreuses
dispositions explicites et qu’il dispense la Pologne et le Royaume-
Uni du respect de certains engagements, spécialement au regard
des droits fondamentaux. Il s’agit d’une modification par simple
Le traité, dans la logique néo-libérale qui traversait également
le TCE, propose une Europe anti-sociale avec la poursuite
du démantèlement des services publics, des privatisations
effrénées, des délocalisations sans aucun contrôle démocratique,
de la destruction de la sécurité sociale et de la marchandisation
de la médecine... Il s’agit de poursuivre la « construction d’une
Europe » qui ne cesse d’approfondir sa crise de légitimité devant
Au-delà même de la nécessité d’un référendum, le traité
cherche à imposer aux peuples européens une société
darwinienne et à consacrer un système social en tant que seul et
unique modèle, indépassable et inéluctablement fondé sur la
concurrence, c’est-à-dire sur la loi du plus fort. Le traité vise à
imposer une société substantiellement inhumaine, destructrice
des liens de solidarité et des acquis sociaux.
1. Le traité – rédigé à huis clos – tel qu’il se présente, rend
impossible pour les États et pour les peuples un autre choix que
celui du libéralisme débridé, qui, sans débat citoyen, sera imposé
à tous les peuples européens.
2. Il n’y a toujours aucune alternative au néolibéralisme;
même si la concurrence « libre et non faussée » ne figure plus au
rang des objectifs de l’Union – ce serait ainsi la preuve que le
TCE a bel et bien été abandonné – , au fil des articles, des
protocoles et des déclarations, on s’aperçoit que cette concurrence
demeure omniprésente, et qu’il est impossible d’échapper
au modèle néolibéral. C’est la concurrence qui régit les services
d’intérêt économique général (SIEG) et qui risque d’être étendue
aux autres services publics. C’est elle encore qui sert d’excuse
au refus d’une harmonisation sociale et fiscale par le haut. Cette
prétention est complétée avec le système militaire de l’OTAN
qui est devenu un élément essentiel du réseau d’organisations
mis en place par les grandes puissances qui décident de la guerre
et de la paix, des choix politiques et économiques, du respect ou
non des droits humains ou syndicaux, de la survie de la planète.
3. Ce traité veut consacrer l’OTAN comme un pilier fondamental
de la défense et par là permettre à l’Union européenne de
se soumettre à la politique nord américaine, en pleine dérive
guerrière et, de plus, responsable de violations graves du droit
4. La paix, la coopération internationale des relations internationales
pacifiques sont l’affaire des citoyens. C’est à eux de
prendre la décision sur ce point et non qu’elle leur soit imposée.
Le TCE avait déjà essayé d’introduire ce statut, il a été rejeté par
les Français et les Hollandais.
5. La Banque centrale européenne (BCE) échappe à tout
contrôle démocratique, et conserve comme seul objectif la
stabilité des prix, promue au rang d’objectif de l’Union, laissant
de côté les points essentiels comme la politique de l’emploi, de
solidarité, la sécurité sociale, les politiques de santé... Ainsi, ce
sont des technocrates non élus, donc sans légitimité démocratique,
qui décident des politiques sociales économiques, financières et
commerciales. Il est juste demandé aux élus, qui pourtant
jouissent de la légitimité démocratique, de les appliquer.
En ce qui concerne les droits fondamentaux, la Charte des
droits fondamentaux revêt un aspect décoratif destiné à cacher les
vrais objectifs que sont la primauté du marché et de la concurrence
sur tous les autres droits, y compris sur le droit au travail, à
la sécurité sociale, au logement, à l’éducation, à la culture, à
l’accès gratuit à la formation.... Avec cette Charte, les droits
deviennent une marchandise et se trouvent proposés à la carte.
Par ailleurs, ces droits sont en général de très faible portée et
leur application est renvoyée aux « pratiques et législations
nationales ». Ainsi, la Charte ne crée aucun droit social
européen, se contentant de vagues formulations qui n’engagent à
rien. De plus, la Pologne et le Royaume-Uni ont obtenu d’être
dispensés d’appliquer ces droits fondamentaux pourtant bien peu
contraignants (protocole 7). Se met en place une véritable
régression des droits humains qui sont pourtant indissociables et
Autant d’éléments qui figuraient déjà dans le TCE et qui ont
été repris mot pour mot dans le nouveau traité.
L’avenir de l’Europe exige un débat public le plus large
pour impliquer les citoyens. La méthode employée par le
Gouvernement pour imposer ce nouveau traité est une atteinte
grave à la démocratie. C’est aux citoyens de se prononcer sur la
nature de l’Europe par voie de référendum.
Pourtant le Gouvernement a décidé, cette fois-ci, de ne pas
consulter les citoyens, c’est trop dangereux : seule l’Irlande le
fera pour respecter l’article 46 de sa Constitution. Ailleurs, c’est
la course à qui arrivera le plus vite à ratifier le traité, par voie
parlementaire bien évidemment. La colère est grande en France
et aux Pays-Bas, qui voient leur vote de 2005 bafoué. Elle l’est
aussi au Royaume-Uni, qui devait se prononcer par référendum
en 2006, mais où, là non plus, il n’est plus prévu de consulter le
peuple. Elle s’étend également à l’Allemagne, à l’Autriche, à la
Belgique, au Danemark et à bien d’autres pays de l’Union. Les
citoyennes et les citoyens veulent pouvoir s’exprimer, ils ne
veulent plus être écartés de la construction européenne. Midécembre,
plus de 70 parlementaires de gauche ont signé un
appel pour demander que les Français soient consultés, comme
en 2005. Sur un sujet qui a tant d’influence sur la vie de chacun
et l’avenir de la France, l’organisation d’un nouveau référendum
est une exigence démocratique majeure pour notre pays. C’est
aussi une nécessité pour la construction européenne qui doit être
fondée sur l’adhésion des peuples et la souveraineté populaire »,
écrivent-ils. Parmi eux figurent quarante députés, trente sénateurs
Le référendum dans chaque État membre serait pourtant le
seul moyen de combler, au moins en partie, le fossé qui s’est
creusé entre les dirigeants de l’Europe et ses peuples.
PROPOSITION DE LOI CONSTITUTIONNELLE
L’article 11 de la Constitution est complété par un alinéa
« Lorsque le référendum a conclu au rejet d’un projet de loi,
tout nouveau projet de loi contenant des dispositions analogues
ou autorisant la ratification d’un traité contenant des dispositions
similaires à celles du traité ayant fait l’objet de la consultation,
doit être soumis au référendum ».
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