C'est la question que se pose régulièrement la Mission Métropolitaine de Prévention des Conduites à Risques (MMPCR), qui a sollicité l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). L'OFDT réalise chaque année depuis 2000 une étude nationale auprès d’un échantillon d’adolescents de 17 ans l’«Enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation A la Défense » (ESCAPAD), et la MMPCR lui a demandé une analyse des données auprès des jeunes de Seine St Denis et de Paris.
J'ai présidé la présentation de cette étude à des professionnels de Seine-Saint-Denis et de Paris le 23 mars dernier.
Elle remet en cause les stéréotypes et les lieux communs sur la Seine-Saint-Denis en faisant ressortir des niveaux de consommation nettement moindres qu’ailleurs en matière de tabagisme, d’usage régulier d’alcool, d’expérimentation de la cocaïne.
En particulier, contrairement à l'image couramment répandue, les jeunes des quartiers populaires consomment moins. Ce constat n'est d’ailleurs pas tout à fait nouveau puisque déjà en 1999, l’OFDT avait réalisé une étude sur les différences de comportement entre les jeunes scolarisés en ZEP et ceux qui étaient scolarisé hors ZEP et montré non seulement cette moindre consommation, mais également le rôle des parents en la matière, à rebours des idées reçues sur la démission parentale dans les quartiers populaires.
15 ans après, les chiffres attestent de cette réalité.
Alors que le tabagisme quotidien concerne 32,4% des jeunes français, les jeunes séquano-dyonisens ne sont que 20,5% à consommer quotidiennement du tabac. De même, l’usage régulier d’alcool est de 12,3% au niveau national, il n’est que 4,3% en Seine-Saint-Denis. L’expérimentation de la cocaïne concerne 3,2% des jeunes français, il ne concerne que 2,4% des jeunes de 17 ans en Seine-Saint-Denis.
Concernant le cannabis, les résultats sont cependant plus nuancés : si plus de 33% des jeunes de Seine-Saint-Denis ont expérimenté ce produit, contre 47,8% des jeunes français, la proportion de jeunes ayant une consommation régulière ou une consommation quotidienne est analogue, c'est-à-dire, respectivement autour de 8-9% pour l’usage régulier et 4% pour l’usage quotidien.
L'étude souligne ainsi un aspect inquiétant : si les jeunes de seine-saint-denis consomment moins qu'ailleurs, leur consommation est plus "problématique", dans le sens où, disposant de moins d’argent de poche, ils recourent plus fréquemment aux trafics et à la délinquance pour financer leur consommation.
La MMPCR a pu démontrer dans ses études sur les trafics, que cette participation expose les jeunes à la violence et à la répression, ce qui concoure à générer des effets anxiogène qui eux-mêmes poussent aux consommations abusives.
Si l'étude confirme que la Seine-Saint-Denis est un territoire "pourvoyeur" plus que consommateur, elle corrige assez nettement les idées reçues sur la jeunesse séquano-dyonisienne.
Surtout, elle donne des éléments aux pouvoirs publics et aux professionnels, alors que que la consommation de substances psychoactives est en hausse au niveau national, afin de répondre au défi posé. Agir sur la demande, mais également sur l’offre et développer la prévention de l’engagement des jeunes dans les trafics tout autant que la prévention de l’usage des drogues.
Ce dernier objectif est le thème de la toute dernière exposition développée par l'espace de prévention du conseil départemental Tête à tête, que je suis allé inaugurer jeudi dernier.
"Drogues, parlons-en. Pour mieux comprendre les risques liés aux usages" est un parcours destiné aux jeunes, à leurs parents, à la communauté éducative, ... et créé pour répondre aux questions que chacun/chacune peut se poser : Qu’est-ce qu’une drogue ? Comment agit-elle ? Comment influence t-elle le comportement? Quels en sont les risques ? Que faire face aux drogues? Témoignages, vidéos, informations scientifiques, de façon pédagogique mais simple et ludique apportent les réponses à toutes ces questions. En fin de parcours, une borne multimédia permet aussi éventuellement au visiteur de faire le point sur sa consommation.
Au mois de juin, l’espace Tête à tête fêtera ses 20 ans, et son action quotidienne, (l'espace a reçu en 2014 près de 17 000 visiteurs, dont plus de 11 000 venus de façon spontanée) confirme son utilité et la pertinence du travail de son équipe dans un département qui souffre d'un déficit de structures de prévention.
L’Espace Tête à Tête se situe au centre commercial Rosny 2.
Pour toutes d’informations complémentaires vous pouvez le contacter par téléphone au 01 48 12 01 01 ou par mail à teteatete@cg93.fr
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